Avec mon ami et collègue Dominique Paquot, nous avons récemment animé une formation de deux jours à l’école NESPA, un moment riche d’échanges et de remises en question sur un sujet fondamental : l’évaluation. Comment s’assurer qu’elle soit réellement au service des apprentissages, et non un simple outil de tri ou de sanction ? Comment la rendre plus cohérente avec les principes de la pédagogie active ?
Deux jours, c’est court, mais suffisant pour bousculer les certitudes et explorer des pistes concrètes.
Un constat évident : les évaluations actuelles ne servent pas toujours l’apprentissage
Dès le début, nous avons posé la question qui fâche : Pourquoi évaluons-nous ? La réponse est souvent plus complexe qu’il n’y paraît. Si l’évaluation devait servir avant tout à aider les élèves à apprendre, force est de constater qu’elle est encore trop souvent perçue comme un obstacle, une source de stress, voire une épreuve à subir.
Les enseignants présents ont vite mis le doigt sur un paradoxe : à quoi bon faire passer des examens si nous savons déjà, grâce au travail quotidien, où en sont les élèves ? L’accumulation de contrôles, parfois purement formels, peut sembler déconnectée du réel apprentissage.
D’où l’urgence de repenser la place des examens, leur fréquence et leur fonction.
Des pistes concrètes pour transformer l’évaluation
Plutôt que de rejeter en bloc les examens, nous avons exploré des alternatives plus intelligentes et plus adaptées à l’apprentissage :
🔹 Des examens “dispensatoires” : inutile de faire passer une évaluation formelle si un élève a déjà démontré sa maîtrise d’une compétence. Pourquoi lui imposer une épreuve redondante alors qu’il pourrait consacrer ce temps à approfondir autre chose ?
🔹 L’intégration des projets dans l’évaluation : les élèves investissent du temps et de l’énergie dans des travaux interdisciplinaires, des recherches ou des productions concrètes. Pourquoi ne pas prendre en compte ces projets dans l’évaluation finale ?
🔹 Limiter les examens aux situations où ils ont une véritable plus-value : évaluer sur le papier ce qui peut être validé dans la pratique n’a pas toujours de sens. Un équilibre est à trouver entre évaluations écrites et observation des acquis en contexte.
Ce qui est sûr, c’est que chaque examen devrait avoir un objectif clair et justifié.
Expérimenter pour mieux comprendre : l’atelier d’évaluation créative
Nous avons voulu plonger les enseignants dans une expérience concrète pour leur faire sentir, de l’intérieur, ce que signifie une évaluation formatrice et bienveillante.
🟡 Étape 1 : Un défi créatif !
Chaque participant devait produire un élément original : une carte au trésor, un slogan marquant, un croquis… Pas d’évaluation classique ici, mais une mise en situation où l’investissement personnel et la créativité priment.
🟢 Étape 2 : Évaluation par les pairs
Les créations ont été exposées sous forme de stands, et chacun pouvait laisser des commentaires bienveillants : ce qu’il apprécie, ce qui pourrait être amélioré, ce qui intrigue…
🔵 Étape 3 : Analyse des retours reçus
Chaque participant a découvert les réactions à son travail et a pris le temps de les analyser. Cette étape a permis de prendre conscience de la richesse d’une évaluation constructive, qui valorise les acquis tout en ouvrant des pistes d’amélioration.
Bilan : une évaluation plus humaine et plus efficace est possible !
Au terme de ces deux journées intenses, le constat était clair : une évaluation formative, bien pensée et cohérente avec la pédagogie active est non seulement possible, mais nécessaire.
Les enseignants sont repartis avec des idées concrètes à mettre en œuvre, mais aussi avec une autre vision de leur rôle d’évaluateur : plus guide que juge, plus facilitateur que censeur.
Avec Dominique, nous sommes convaincus que cette réflexion collective sur l’évaluation doit se poursuivre. Car au-delà des notes et des bulletins, c’est la perception même que les élèves ont de l’apprentissage qui est en jeu.
Et si nous faisions enfin de l’évaluation un véritable moteur d’apprentissage plutôt qu’une fin en soi ?