On a passé la semaine à fermer des écoles. 43 °C à Saintes, plus de 40 à Paris, 845 établissements fermés, et puis le week-end est arrivé, la chaleur est retombée, et on parle déjà d’autre chose comme si on avait juste eu un mauvais moment à passer.
Pourtant cette canicule a dit tout haut ce que l’école préfère ne pas entendre : l’endroit où un enfant travaille pèse sur ce qu’il apprend, et ça n’a rien d’un détail de confort.
Decroly l’avait déjà écrit
Decroly écrivait déjà ça il y a cent ans, quand il mettait le milieu au centre de sa pédagogie — la rue, le jardin, l’atelier, tout ce que l’enfant voit et touche autour de lui. Une classe agit sur ceux qui l’habitent : sa lumière, son bruit, son air, sa température entrent dans la tête des élèves qu’on le veuille ou non.
La chaleur, au moins, ça se mesure. En passant de 22 à 32 degrés pendant un examen, la probabilité de réussite recule de près de 11 %, et au-delà d’une trentaine de degrés le cerveau décroche. J’ai fait classe ces fins de juin où l’air ne bouge plus, où à onze heures les gamins ont la tête posée sur les bras, et où on se raconte que c’est la fatigue de fin d’année alors que c’est la pièce qui les assomme.
Et cette pièce n’est pas la même pour tout le monde. Il y a les écoles refaites et ventilées, et il y a les vieux bâtiments où l’on entasse trente élèves dans cinquante mètres carrés sous les toits ; à 35 degrés dehors, ce ne sont pas les mêmes enfants qui tiennent jusqu’au soir. Cet écart existait déjà, la canicule le grossit.
Au-delà de la chaleur, tout le reste
Le pire, c’est que la température n’est que la partie qu’on arrive à chiffrer. Le bruit permanent, la lumière, l’entassement, le mobilier qui ne va à personne, l’air vicié, l’ambiance d’une classe : tout ça travaille les apprentissages en sourdine, et on continue à le ranger du côté de l’intendance, comme si ça ne regardait pas les pédagogues.
Ce serait bien qu’on arrête de faire comme si le lieu ne comptait pas.
Pour aller plus loin sur le rôle de l’environnement physique dans les apprentissages : l’étude Clever Classrooms (projet HEAD, University of Salford, 2015), où le design de la salle explique 16 % des écarts de progrès des élèves ; et le dossier Qualité de vie à l’école du Cnesco sur le bâti et l’architecture scolaires.
Sur les effets de la chaleur : PLOS Climate — Harvard Kennedy School — CTREQ — Frontiers in Built Environment (2025).
Rémy Van de Moosdyk — formateur, spécialiste de la pédagogie active

