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Une expérience à vivre en équipe pour ressentir l’effet de l’évaluation annoncée

Cette expérience se mène en équipe, en une séance. Elle demande une copie d’élève, quatre groupes et quatre phrases dites avant de commencer.

Le dispositif

Quatre groupes reçoivent exactement la même tâche : corriger et noter le texte d’un élève. Même copie, même temps. Ce qui change tient dans une phrase, dite avant de commencer.

Au premier groupe : votre correction sera notée par un autre groupe.
Au deuxième : votre correction sera évaluée par le formateur, à partir d’une correction de référence rédigée par des inspecteurs.
Au troisième : vous évaluerez vous-mêmes votre correction à la fin.
Au quatrième : rien n’est attendu de particulier, on vous fait confiance.

Aucun groupe ne sait ce qui a été dit aux autres. Chacun croit travailler dans les mêmes conditions que ses collègues. Les quatre consignes ne se découvrent qu’à la mise en commun.

Pendant qu’ils travaillent, on regarde qui relit trois fois, qui cherche à deviner ce qu’on attend de lui, qui discute longuement, qui n’ose plus trancher.

À la fin, chacun indique le stress ressenti pendant la tâche. On affiche aussi les notes attribuées à la même copie.

Ce que l’expérience fait ressentir

Évidemment, une salle de formation n’est pas un laboratoire, l’expérience ne démontre rien. Elle fait ressentir ce que les élèves vivent plusieurs fois par semaine. Savoir si le travail compte ou pas modifie déjà le travail.

L’expérience sert d’amorce. Les échanges qui suivent la mise en commun portent le vrai travail.

Deux questions ouvrent la discussion. Qu’est-ce que vous auriez voulu pouvoir refaire ? La même question ensuite, pour un élève : après une évaluation ratée, qu’a-t-il le droit de refaire, quand, et sur quel temps ?

Avec des élèves

Le dispositif se transpose avec des élèves, au collège ou au lycée. Quatre groupes, un même exercice, quatre annonces différentes, puis on leur demande comment ils ont travaillé. On aborde alors avec eux des questions qu’on leur pose rarement : ce qui les fait travailler, ce qu’ils font quand ils cherchent à deviner l’attente du professeur, ce qu’ils lâchent quand rien ne compte.

Pourquoi cela se décide en équipe

On ne change pas un système d’évaluation seul dans sa classe. Ouvrir un temps de reprise suppose de toucher à l’horaire. Dire ce qu’un élève a acquis suppose de toucher au bulletin, qui est un document d’école. Personne ne décide seul de l’un ou de l’autre. Un enseignant qui change son système d’évaluation dans sa seule classe installe une règle que le document commun contredira en juin.

Un point de vigilance sur la reprise : renvoyée hors des heures de cours, elle profite aux élèves disponibles et bien entourés. Elle creuse les écarts au lieu de les réduire. Inscrite dans l’horaire, elle tient sa promesse.

Cet article ouvre une série sur l’évaluation : ce qu’elle fait aux élèves, ce qu’on peut changer, à quelles conditions.


Rémy Van de Moosdyk — formateur, spécialiste de la pédagogie active

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