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J’ai commencé un podcast sur le métier d’enseignant

Depuis la semaine dernière, j’enregistre. Le podcast s’appelle Enseigner, deux épisodes sont en ligne, et j’en publie un par semaine.

L’idée vient d’un constat que je fais en formation depuis des années. Les enseignants avec qui je travaille lisent peu, et l’envie n’y est pour rien. Une journée de classe se termine rarement dans un fauteuil avec un livre de pédagogie sur les genoux. Elle se termine dans une voiture, dans un couloir, devant une pile de cahiers à corriger.

L’écoute se glisse dans ces moments-là. Quarante minutes de trajet, c’est la durée d’un épisode.

Un texte se survole, un raisonnement s’écoute

Quand on lit, l’œil saute. On repère les intertitres, on prend la conclusion, on se dit qu’on reviendra sur le reste. Je fais pareil que tout le monde. Sur un article, ça fonctionne très bien : on vient y chercher une idée, on la prend, on repart.

Certains contenus résistent à ce traitement, comme le modèle des neuf curseurs. Écrit, il se réduit vite à une liste : neuf noms, quatre niveaux chacun, une belle infographie. On la retient, on la range, on n’en fait rien. Ce qui compte dans ce modèle, ce sont les relations entre les curseurs — la manière dont en monter un oblige à en redescendre un autre, et ce que ça produit sur les élèves. Cette démonstration demande du temps, et un lecteur pressé n’a aucune raison de le lui accorder.

Dit à voix haute, le temps est imposé. L’épisode dure quarante et une minutes. Chaque curseur y reçoit son exemple de classe, son apport et sa vigilance, dans l’ordre, sans qu’on puisse couper au plus court. L’auditeur suit le fil ou il décroche. Cette contrainte me paraît être la bonne pour ce type de contenu, parce que c’est au survol qu’on perd les nuances — celles qui font qu’un curseur poussé au bout est excellent pour un groupe soudé et désastreux pour un élève en grande anxiété sociale.

Une objection dite à voix haute n’a pas le même poids

Le deuxième épisode porte sur le triangle pédagogique de Jean Houssaye, publié en 1988. Je l’ai enregistré avec Marcel, qui est au collège. Il pose les questions d’un élève et il objecte quand quelque chose ne lui va pas.

À un moment, il fait remarquer que la relation entre les élèves n’a aucun côté dans ce triangle. Les trois sommets sont l’enseignant, l’élève et le savoir ; ce que les élèves s’apprennent entre eux n’apparaît nulle part. C’est une limite réelle du modèle, connue et discutée depuis longtemps. Dans un article, elle tiendrait dans une note de bas de page. Posée par un collégien au milieu d’une conversation, elle arrête net.

Ce qu’un podcast ne fait pas

Il ne forme personne. On n’apprend pas un geste professionnel en écoutant quelqu’un le décrire. Ce qu’il permet, c’est de mettre des mots sur ce qu’on fait déjà, et de donner à une équipe un objet commun dont elle peut discuter le lendemain. Une école qui écoute un épisode avant sa concertation et qui s’en sert comme point de départ ferait exactement ce que j’avais en tête en l’écrivant.

Il y a aussi une question de moyens. La formation continue reste très inégalement distribuée : les équipes des grandes structures y accèdent plus facilement que l’enseignante seule dans une école à deux classes. Un podcast ne corrige pas cette inégalité, mais il ne coûte rien et ne demande aucune inscription.

Sur la voix

Autant le dire ici, c’est écrit sur la page du podcast : j’écris les épisodes, je ne les enregistre pas. Ils sont dits par une synthèse vocale entraînée sur ma propre voix. J’ai fait ce choix pour une raison de temps — enregistrer quarante minutes proprement, puis les remonter, me prendrait des journées que je n’ai pas. Le texte, lui, est de moi, ligne à ligne. Cette manière de faire mérite une discussion à elle seule, et je compte bien l’écrire.

Les deux premiers épisodes

Les curseurs didactiques — quarante et une minutes, quinze chapitres. Neuf curseurs qu’un enseignant règle à chaque instant, souvent sans le savoir, et un dixième, la justesse, qui sert à juger si l’ensemble tient.

Le triangle pédagogique — onze minutes, avec Marcel. Trois présences dans une classe, et à chaque instant un sommet qui passe en veille. Houssaye appelle celui qui reste dehors « le mort », et le mort finit toujours par jouer au fou.

Le podcast est sur sa page, avec les chapitres et les repères de chaque épisode. Il est aussi sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer et Amazon Music. Son flux est référencé dans le Podcast Index, ce qui le rend accessible depuis Pocket Casts, Overcast, Podcast Addict et la plupart des applications indépendantes.

Le premier épisode dure quarante et une minutes. C’est à peu près le trajet entre chez moi et l’école où je vais lundi.


Rémy Van de Moosdyk — formateur, spécialiste de la pédagogie active

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